Lumières.





Les rues de Svolvaer sont désertes. Et derrière les fenêtres on a baissé les stores de papier. Les hommes dorment–ils ? Il est plus de minuit ; des voix viennent d’un appartement, d’un autre, les bruits d’un repas. Et chaque son qui résonne dans la rue transforme cette nuit en un jour qui ne figure pas dans le calendrier. Tu as penétré dans le magasin du tempset tu contemples des piles de jours inutiles que la terre il y a des siècles à mis au frais. L’homme consomme sa journée en vingt-quatre heures. Cette terre tous les six mois seulement. C’est pour cela que les choses restent à ce point intactes. Ni le temps ni les mains n’ont touché aux bouquets dans le jardin que n’agite pas le vent, ni aux barques sur l’eau lisse. Deux crépuscules se rencontrent au dessus d’eux, se partagent leur possession comme celle des nuages et te renvoient les mains vides à la maison.

- Walter Benjamin. Images de pensées. Mer du Nord